Route des Grandes Alpes Moto : Le Guide Complet pour Réussir ce Voyage Mythique

Il existe en France quelques routes dont le simple nom suffit à faire battre le coeur des motards plus vite. La Route des Grandes Alpes est de celles-là. Cet itinéraire mythique, qui relie Thonon-les-Bains sur les rives du lac Léman à Menton sur la Méditerranée en traversant les plus hauts cols des Alpes françaises, est considéré par beaucoup comme l’un des plus beaux voyages à moto d’Europe. Sur environ 700 kilomètres de distance, il franchit pas moins de seize cols dont plusieurs dépassent les 2 000 mètres d’altitude, offre des panoramas à couper le souffle sur les sommets enneigés, les vallées profondes et les alpages dorés, et permet de traverser une succession de paysages et de cultures locales d’une richesse incomparable. À moto, cet itinéraire prend une dimension supplémentaire : les virages enchaînés des routes alpines, la sensation de la montée vers les cols et la descente vers les vallées, l’air pur des hauteurs et la liberté absolue de la route ouverte font de la Route des Grandes Alpes une expérience sensorielle totale que nul autre itinéraire européen ne peut vraiment égaler. Ce guide complet vous donne toutes les informations nécessaires pour préparer et réussir votre traversée des Alpes à moto.

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L’HISTOIRE ET LE TRACÉ DE LA ROUTE DES GRANDES ALPES

La Route des Grandes Alpes a une histoire qui remonte aux premières décennies du XXe siècle. Conçue dans les années 1909-1937 sous l’impulsion du Touring Club de France, elle avait pour ambition de créer un itinéraire touristique continu à travers les Alpes françaises, reliant le lac Léman à la Méditerranée en empruntant les plus beaux passages de montagne. Sa construction a mobilisé des moyens considérables et a nécessité des décennies de travaux pour ouvrir les routes de cols qui constituent aujourd’hui le coeur de l’itinéraire.

L’itinéraire officiel part de Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, sur les rives du lac Léman, et descend vers la Méditerranée à Menton, dans les Alpes-Maritimes. Entre ces deux extrémités, il traverse quatre départements alpins (Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes et Alpes-Maritimes) et emprunte successivement les routes des cols les plus emblématiques des Alpes françaises. La direction sud recommandée, du Léman vers la Méditerranée, permet de commencer le voyage dans les Alpes du Nord aux paysages plus verdoyants et de progresser vers les Alpes du Sud aux teintes plus ocres et méditerranéennes, ménageant une transition climatique et paysagère progressive qui ajoute à la richesse de l’expérience.

LES SEIZE COLS DE LA ROUTE DES GRANDES ALPES

Les seize cols franchis par la Route des Grandes Alpes constituent la colonne vertébrale de l’itinéraire et ses moments les plus intenses à moto. Chacun a son caractère propre, sa personnalité et ses vues particulières qui en font une étape mémorable du voyage.

Le col des Gets (1 172 m) et le col de la Colombière (1 613 m) ouvrent le bal dans les Alpes du Nord, avec des routes sinueuses à travers les forêts et les pâturages de Haute-Savoie. La Colombière, avec ses longues courbes panoramiques sur les massifs voisins, est déjà une belle introduction aux plaisirs que la route va dispenser.

Le col des Aravis (1 486 m) offre une vue saisissante sur le massif du Mont-Blanc, dont la silhouette imposante domine l’horizon. Ce col, régulièrement emprunté par le Tour de France cycliste, est l’un des plus fréquentés de la région et s’inscrit dans un cadre bucolique de chalets et d’alpages qui symbolise parfaitement l’identité savoyarde.

Le col du Télégraphe (1 566 m) et le célèbre col du Galibier (2 642 m) constituent le morceau de bravoure des Alpes du Nord. Le Galibier, deuxième col le plus haut de la Route des Grandes Alpes, est accessible depuis juin et jusqu’en octobre selon les conditions d’enneigement. La montée vers le sommet, par de longues lignes droites en faux plats suivies de lacets vertigineux, est l’un des moments les plus impressionnants de tout l’itinéraire. Le panorama depuis le col, sur l’Oisans au sud et la Maurienne au nord, est l’un des plus grandioses des Alpes françaises.

Le col du Lautaret (2 058 m), juste en dessous du Galibier, est l’un des cols les plus larges et les plus accessibles de l’itinéraire. Son jardin alpin, géré par l’Université Grenoble-Alpes, abrite une collection remarquable de plantes de montagne du monde entier et mérite un arrêt pour les amateurs de botanique et de nature.

Le col d’Izoard (2 360 m) est sans doute le plus sauvage et le plus mystérieux de la Route des Grandes Alpes. La Casse Déserte, zone rocheuse aux allures de paysage lunaire que l’on traverse dans la descente vers Briançon, est l’une des images les plus photographiées de tout l’itinéraire. Ce col, lui aussi régulier au Tour de France, a vu les grands champions se transcender sur ses pentes.

Le col de Vars (2 108 m) et le col de la Bonette (2 802 m), le plus haut col routier de France et d’Europe, constituent le point culminant de l’aventure. La route de la Bonette est ouverte de fin juin à mi-octobre, et son passage au-dessus des 2 800 mètres d’altitude offre des vues absolument saisissantes sur les crêtes alpines et les vallées du Mercantour. L’air est rare, les températures peuvent chuter rapidement même en été, et la beauté du paysage laisse sans voix.

Les derniers cols, le col de la Cayolle (2 326 m), le col de Valberg, le col de la Couillole et le col de Turini (1 607 m), ponctuent la descente progressive vers la Méditerranée à travers les Alpes-Maritimes. La végétation change progressivement, les oliviers et les lavandes remplacent les épicéas et les rhododendrons, et l’air se charge des parfums du Midi annonçant la prochaine arrivée à Menton.

TABLEAU DES SEIZE COLS DE LA ROUTE DES GRANDES ALPES

ColAltitudeDepartementOuverture (approx.)DifficulteParticularite
Col des Gets1 172 mHaute-SavoieToute l’anneeFacileOuverture de route
Col de la Colombière1 613 mHaute-SavoieMai – novembreMoyenneVue sur Mont-Blanc
Col des Aravis1 486 mHaute-SavoieToute l’anneeFacilePanorama Mont-Blanc
Col du Télégraphe1 566 mSavoieMai – novembreMoyenneEntree Maurienne
Col du Galibier2 642 mSavoie/H-AlpesJuin – octobreDifficile2e plus haut col
Col du Lautaret2 058 mHautes-AlpesToute l’anneeFacileJardin alpin
Col d’Izoard2 360 mHautes-AlpesJuin – octobreDifficileCasse Déserte
Col de Vars2 108 mHautes-AlpesJuin – octobreMoyennePaysage lunaire
Col de la Bonette2 802 mAlpes-de-H-PJuin – octobreDifficilePlus haut col d’Europe
Col de la Cayolle2 326 mAlpes-de-H-PJuin – octobreDifficileRoute etroite
Col de Valberg1 673 mAlpes-MaritimesToute l’anneeFacileStation ski
Col de la Couillole1 678 mAlpes-MaritimesJuin – novembreMoyenneVue Var
Col du Turini1 607 mAlpes-MaritimesJuin – novembreMoyenneForêt dense
Gorges du CianAlpes-MaritimesToute l’anneeFacileGorges spectaculaires
Col de Castillon706 mAlpes-MaritimesToute l’anneeFacileDescente Menton
Arrivée Menton0 mAlpes-MaritimesMéditerranée

QUAND FAIRE LA ROUTE DES GRANDES ALPES À MOTO ?

La période idéale pour réaliser la Route des Grandes Alpes à moto est généralement comprise entre mi-juin et mi-septembre, lorsque la grande majorité des cols sont ouverts et que les conditions météorologiques sont les plus favorables. Il est important de noter que les hauts cols, notamment le Galibier, l’Izoard, la Bonette et la Cayolle, ne sont ouverts qu’une partie de l’année et restent fermés sous la neige d’octobre à juin environ.

Le mois de juillet est souvent considéré comme le meilleur moment pour réaliser l’itinéraire, avec des journées longues, des températures clémentes en altitude (15 à 20°C aux cols les plus élevés), des routes dégagées et une végétation alpine à son apogée. Le mois d’août présente les mêmes avantages météorologiques mais avec un afflux touristique nettement plus important sur l’ensemble de l’itinéraire, ce qui peut se traduire par des queues aux cols les plus fréquentés et une disponibilité réduite dans les hébergements.

Septembre est un mois de plus en plus apprécié des motards expérimentés pour la Route des Grandes Alpes. La lumière automnale dorée, la fréquentation touristique en baisse significative, les alpages colorés par les premières touches d’automne et des températures encore très agréables font de ce mois une période souvent idéale. Attention cependant aux premières neiges qui peuvent survenir sur les cols les plus élevés dès la mi-octobre, réduisant la fenêtre disponible.

Quelle que soit la période choisie, il est indispensable d’emporter des équipements adaptés aux changements de température rapides entre le fond des vallées et les sommets des cols. Une différence de 15 à 20°C entre Briançon (1 300 m) et le col du Galibier (2 642 m) est parfaitement normale en été, et une pluie brève mais intense peut surgir à tout moment dans les Alpes. Des sous-couches thermiques, une veste imperméable et des gants adaptés sont des équipements indispensables même en plein été.

PRÉPARER SA MOTO POUR LA ROUTE DES GRANDES ALPES

La Route des Grandes Alpes est techniquement accessible à la quasi-totalité des motos, mais certaines préparations s’imposent pour aborder cet itinéraire exigeant dans les meilleures conditions de sécurité et de fiabilité.

L’état des pneumatiques est le premier point à vérifier. Les routes alpines combinent des asphaltes de qualité très variable, des surfaces humides dans les zones ombragées et des passages à l’ombre persistante même en été. Des pneumatiques usés, particulièrement aux flancs qui travaillent intensément dans les virages pris en angle, représentent un risque sérieux sur ce type d’itinéraire. Il est fortement recommandé de s’assurer que les pneus disposent d’une sculpture suffisante et que les flancs ne présentent pas de coupures ou de déformations avant le départ.

Le système de freinage doit être en parfait état. La Route des Grandes Alpes multiplie les descentes longues et techniques qui sollicitent les freins de manière intensive. Des plaquettes de frein usées ou un liquide de frein dégradé peuvent perdre en efficacité lors des descentes prolongées. Une vérification et un remplacement préventif des plaquettes si nécessaire, ainsi qu’une vidange du liquide de frein si elle n’a pas été effectuée récemment, sont des précautions élémentaires avant d’affronter les descentes du Galibier ou de l’Izoard.

Un entretien général de la moto, avec vérification des niveaux d’huile, de la tension de chaîne, de l’état des câbles et des amortisseurs, permet d’aborder le voyage en toute sérénité. Il n’y a rien de plus frustrant qu’une panne mécanique au beau milieu d’une ascension alpine, loin de toute assistance.

Pour les bagages, les valises rigides latérales ou les sacoches étanches fixées sur la moto sont préférables aux sacs à dos, qui fatiguent le dos et les épaules lors des journées longues. Un top case ou un sac de selle permettent de transporter des affaires de rechange, une trousse de premiers secours et des outils de dépannage basiques.

HÉBERGEMENTS ET LOGISTIQUE SUR L’ITINÉRAIRE

La Route des Grandes Alpes peut être réalisée en quatre à sept jours selon le rythme choisi et le nombre d’étapes. Un programme en cinq jours, très populaire, répartit l’itinéraire selon les sections naturelles de la route.

La première étape, de Thonon-les-Bains à Bourg-Saint-Maurice ou à Moûtiers, permet de franchir les premiers cols savoyards et de s’acclimater progressivement à la conduite alpine. La seconde étape, de Bourg-Saint-Maurice à Briançon via le Galibier et le Lautaret, est souvent la plus intense et la plus mémorable. La troisième étape, de Briançon à Barcelonnette via l’Izoard, Vars et la Bonette, franchit les cols les plus sauvages et les plus élevés. La quatrième étape, de Barcelonnette à Saint-Martin-Vésubie, descend vers les Alpes-Maritimes à travers la Cayolle et le Mercantour. La cinquième et dernière étape, de Saint-Martin-Vésubie à Menton par le Turini et la côte, offre la conclusion parfaite avec l’arrivée sur la Méditerranée.

Les hébergements sont disponibles tout au long de l’itinéraire, des grands hôtels des stations de ski reconverties en résidences estivales aux petits gîtes d’étape ruraux en passant par les auberges de montagne. La réservation à l’avance est fortement conseillée pour juillet et août, période pendant laquelle les hébergements des étapes clés (Briançon, Barcelonnette) affichent souvent complet plusieurs semaines à l’avance.

CONSEILS PRATIQUES POUR MOTARDS

Quelques conseils pratiques permettent de tirer le meilleur parti de la Route des Grandes Alpes à moto et d’éviter les pièges qui gâchent parfois l’expérience des motards moins préparés.

Commencer tôt le matin est une règle d’or sur les routes alpines. Les premières heures de la journée offrent les meilleures conditions de visibilité, les routes sont encore dégagées des véhicules touristiques et les températures aux cols sont généralement les plus douces avant que le soleil ne réchauffe les versants ombragés. Partir à l’aube depuis chaque étape permet de s’accorder une pause méridienne tranquille aux heures les plus chaudes.

Adapter son allure aux conditions de la route et de la météo est indispensable. Les routes de cols alpins combinent des asphaltes dégradés, des ombres portées qui créent des zones froides et glissantes, des gravillons aux bords de route et parfois des animaux traversants. Une conduite souple, anticipatrice et à une allure permettant de réagir à l’imprévu est bien plus satisfaisante et sécurisante que la course chronométrée.

Faire des pauses régulières, s’hydrater et manger en suffisance sont des impératifs physiologiques que la concentration liée à la conduite tend à faire oublier. En altitude, la déshydratation s’installe plus rapidement qu’en plaine, et une baisse de vigilance après plusieurs heures de conduite est un risque réel que seules des pauses régulières permettent d’éviter.

CONCLUSION

La Route des Grandes Alpes à moto est une expérience qui marque pour la vie tout motard qui a la chance de la réaliser. Ses seize cols, ses panoramas vertigineux, la diversité de ses paysages et la qualité technique de ses routes en font l’un des itinéraires les plus complets et les plus gratifiants d’Europe. Bien préparée, sur une moto en bon état et avec un programme qui laisse du temps pour s’arrêter, regarder et respirer, cette traversée des Alpes françaises du Léman à la Méditerranée est une aventure que l’on raconte des années après, et à laquelle on revient inévitablement, car aucune route ne ressemble à une autre ici, et chaque passage révèle de nouvelles nuances d’un paysage qui ne finit jamais de surprendre.

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