Le roadster est peut-être la forme automobile la plus pure qui soit : deux places, un moteur, le ciel ouvert et la route devant soi. BMW a compris très tôt que cette philosophie correspondait parfaitement à son ADN de constructeur tourné vers le plaisir de conduire. Depuis les roadsters élégants de l’avant-guerre jusqu’aux BMW Z4 contemporaines en passant par les iconiques Z1, Z3 et les premières Z4, la firme bavaroise a développé au fil des décennies une famille de voitures découvertes dont chaque génération a marqué son époque d’une empreinte distincte. Comprendre l’histoire du roadster BMW, c’est comprendre comment une marque a su maintenir vivante une tradition de plaisir automobile pur dans un monde industriel de plus en plus tourné vers la praticité et la polyvalence. Ce guide complet retrace l’intégralité de cette aventure, des origines historiques jusqu’aux modèles actuels, en passant par les caractéristiques techniques, les versions emblématiques et la place de ces voitures sur le marché des sportives et des voitures de collection.

LES ORIGINES : LE ROADSTER BMW AVANT LA SÉRIE Z
Avant que BMW n’invente sa série Z et ne structure son offre de roadsters autour d’une gamme cohérente, la firme de Munich avait déjà produit dans les années 1930 l’une des voitures les plus admirées de l’histoire de l’automobile : la BMW 328. Présentée en 1936, cette voiture de sport biplace à carrosserie ouverte était animée par un six cylindres en ligne de 2 litres développant 80 chevaux, ce qui peut paraître modeste aujourd’hui mais représentait une performance extraordinaire pour l’époque. La BMW 328 était dotée d’une carrosserie profilée d’une élégance saisissante, d’un châssis tubulaire rigide et d’une mécanique dont la sophistication technique faisait l’admiration des ingénieurs du monde entier.
La 328 remporta de nombreuses victoires en compétition, dont la célèbre Mille Miglia en 1940, et contribua à forger la réputation internationale de BMW comme constructeur de voitures de sport de premier ordre. Elle est aujourd’hui considérée comme l’un des plus beaux roadsters jamais construits et ses exemplaires originaux atteignent des prix astronomiques dans les ventes aux enchères spécialisées. Cette voiture fondatrice pose les bases d’une tradition que BMW ne cessera jamais vraiment d’honorer, même pendant les longues décennies qui sépareront la 328 du renouveau de la série Z dans les années 1980.
Après la guerre, BMW traversa des années difficiles et sa production fut principalement orientée vers des voitures ordinaires et des modèles de prestige comme les Baroque Angels des années 1950. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que la firme décida de renouer sérieusement avec la tradition du roadster pur, en lançant un projet qui allait déboucher sur l’une des voitures les plus originales et les plus attachantes de son histoire.
LE BMW Z1 : L’AUDACE COMME POINT DE DÉPART
Le BMW Z1, commercialisé entre 1989 et 1991, est la première voiture de la série Z et l’une des plus audacieuses jamais produites par BMW. Développé par BMW Technik GmbH, une filiale créée pour explorer des concepts techniques innovants, le Z1 repose sur un châssis en caisson d’acier revêtu d’une carrosserie en panneaux de plastique thermoplastique entièrement interchangeables. Cette approche modulaire, totalement inédite à l’époque, permettait théoriquement de changer la couleur de la voiture en remplaçant simplement les panneaux de carrosserie en quelques heures.
Mais la caractéristique la plus étonnante du Z1 reste sans conteste ses portes à coulissement vertical. Plutôt que de s’ouvrir vers l’extérieur comme sur toute voiture classique, les portières du Z1 descendent dans les bas de caisse grâce à un mécanisme électrique, permettant de monter et descendre du véhicule par-dessus la portière fermée ou de conduire portières baissées pour une sensation d’ouverture totale sur l’environnement. Ce système, aussi séduisant que spectaculaire, constitue une prouesse technique qui n’a jamais été reproduite sur une autre voiture de grande série.
Mécaniquement, le Z1 utilisait le six cylindres en ligne de 2,5 litres et 170 chevaux de la BMW 325i, transmis aux roues arrière via une boîte manuelle à cinq rapports. La suspension arrière, développée spécifiquement pour le Z1, utilisait une géométrie à bras tirés qui préfigurait les solutions adoptées ensuite sur les séries 3 et 5. Seuls 8 000 exemplaires furent produits, ce qui confère au Z1 une rareté appréciable sur le marché des voitures de collection, où ses prix ont régulièrement progressé pour atteindre aujourd’hui entre 25 000 et 50 000 euros selon l’état et le kilométrage.
LE BMW Z3 : LE ROADSTER QUI A CONQUIS LE MONDE
Si le Z1 était une voiture d’avant-garde réservée aux connaisseurs, le BMW Z3 fut conçu pour conquérir un public beaucoup plus large et s’imposer comme le roadster de référence sur un segment alors dominé par la Mazda MX-5. Présenté en 1995 et produit jusqu’en 2002, le Z3 fut la première voiture BMW fabriquée aux États-Unis, dans l’usine de Spartanburg en Caroline du Sud, un choix stratégique qui reflétait l’ambition commerciale de BMW pour ce modèle sur le marché américain.
Le Z3 fut propulsé sur la scène mondiale grâce à une association inattendue avec le cinéma : il apparut dans le film James Bond « GoldenEye » en 1995, conduit par Pierce Brosnan dans le rôle de l’agent 007. Bien que son rôle dans le film fût relativement modeste, cette apparition lui valut une exposition médiatique planétaire qui contribua considérablement à son succès commercial dès son lancement. BMW avait payé pour ce placement de produit et récolta les bénéfices d’une visibilité que n’importe quelle campagne publicitaire conventionnelle aurait eu du mal à égaler.
Le Z3 était disponible en deux carrosseries, le roadster classique et le coupé au profil insolite surnommé « clown shoe » par ses détracteurs en raison de sa poupe rembourrée et haute, et en de nombreuses motorisations allant du quatre cylindres de 1,8 litre au six cylindres de 3,2 litres de la version M Roadster. Cette dernière, produite à partir de 1997, est la version la plus prisée des passionnés : son moteur S52 de 321 chevaux, dérivé de celui de la BMW M3, lui offrait des performances de voiture de sport pure avec un 0 à 100 km/h en 5,4 secondes et une vitesse de pointe limitée électroniquement à 250 km/h. L’équilibre de conduite du M Roadster, avec son moteur avant et ses roues arrière motrices, est unanimement salué comme l’un des plus satisfaisants de sa génération.
LE BMW Z4 PREMIÈRE GÉNÉRATION : L’ÈRE BANGLE
Lorsque BMW présenta la première génération du Z4 en 2002, la voiture fit l’effet d’une bombe stylistique. Dessinée par le directeur du design de BMW de l’époque, l’Américain Chris Bangle, la Z4 E85 affichait un style résolument provocateur, avec des surfaces tendues, des lignes en tension et une face avant agressive qui tranchaient radicalement avec la sagesse stylistique du Z3 et les conventions esthétiques du segment. Cette approche, baptisée « Flame Surfacing » par son auteur, divisa profondément les amateurs mais contribua à installer BMW comme une marque de design audacieux.
Mécaniquement, la Z4 première génération proposait une gamme de motorisations six cylindres en ligne allant de 150 à 330 chevaux, avec au sommet la version M Roadster animée par le moteur S54 de 343 chevaux issu de la BMW M3 E46. Cette version M est aujourd’hui la plus recherchée par les collectionneurs, avec des cotes qui progressent régulièrement. La boîte manuelle à six rapports, disponible sur toutes les versions, contribuait à l’agrément de conduite remarquable de la voiture, dont le châssis à roues arrière motrices offrait une précision et une communication incomparables dans cette catégorie.
La Z4 E86 Coupé, introduite en 2006, reprend la même mécanique dans une carrosserie fermée au profil très affirmé, avec un hayon à lunette verticale qui rappelait la Jensen Interceptor et lui conférait un caractère visuel très particulier. Produite jusqu’en 2008, cette version coupé n’est pas à proprement parler un roadster mais partage avec lui l’essentiel de sa philosophie mécanique et son plaisir de conduite.
LE BMW Z4 DEUXIÈME GÉNÉRATION : LE TOIT RIGIDE RÉTRACTABLE
La deuxième génération du BMW Z4, désignée E89 et commercialisée de 2009 à 2016, marque un tournant dans l’histoire du roadster BMW avec l’adoption d’un toit rigide rétractable en trois parties, qui se replie entièrement dans le coffre en une vingtaine de secondes. Ce système, qui avait été popularisé par la Mercedes SLK dans les années 1990, offre le confort d’un coupé fermé par mauvais temps tout en conservant les sensations d’un roadster ouvert par beau temps. Son adoption par BMW reflétait une évolution des attentes des clients, de plus en plus soucieux de polyvalence et de confort.
Stylistiquement, la Z4 E89 adoptait un dessin beaucoup plus consensuel que la génération précédente, avec des lignes fluides et élégantes qui lui permirent d’être mieux acceptée par le grand public. La gamme de motorisations allait du quatre cylindres turbo de 184 chevaux au six cylindres en ligne de 306 chevaux de la version sDrive35is, en passant par la version sDrive35i de 258 chevaux qui représentait le meilleur compromis entre performance et agrément au quotidien. L’absence d’une version M dédiée pour cette génération fut regrettée par les puristes, même si le niveau de performances de la version sDrive35is était objectivement très élevé.
LE BMW Z4 TROISIÈME GÉNÉRATION : LE RETOUR AUX SOURCES
La troisième génération du BMW Z4, désignée G29 et commercialisée depuis 2018, marque un retour aux sources avec l’abandon du toit rigide au profit d’un toit souple classique, plus léger et plus fidèle à l’esprit roadster pur. Cette voiture est née d’un partenariat inédit entre BMW et Toyota, les deux constructeurs ayant partagé leur plateforme technique pour développer simultanément le Z4 et la Toyota GR Supra, deux voitures qui partagent leur architecture mais diffèrent profondément dans leur caractère et leur présentation.
Le Z4 G29 est disponible avec deux motorisations principales : un quatre cylindres TwinPower Turbo de 2,0 litres développant 197 ou 258 chevaux selon les variantes, et un six cylindres en ligne TwinPower Turbo de 3,0 litres développant 340 chevaux dans la version M40i. Cette dernière est la plus intéressante pour les amateurs de conduite : son moteur B58, l’un des meilleurs six cylindres en ligne de la production automobile contemporaine, offre des performances sportives sans concession avec un 0 à 100 km/h en 4,5 secondes et une vitesse maximale de 250 km/h. La boîte automatique à huit rapports ZF, proposée de série, est d’une efficacité remarquable même si elle prive la voiture d’un peu de l’implication que procurait la boîte manuelle des générations précédentes.
TABLEAU COMPARATIF DES ROADSTERS BMW DE LA SÉRIE Z
| Modèle | Années | Motorisation phare | Puissance max | Carrosserie | Particularité |
|---|---|---|---|---|---|
| BMW 328 | 1936 – 1940 | 6 cyl. en ligne 2,0 L | 80 ch | Roadster ouvert | Victoire Mille Miglia 1940 |
| BMW Z1 | 1989 – 1991 | 6 cyl. en ligne 2,5 L | 170 ch | Roadster | Portes à coulissement vertical |
| BMW Z3 1.8/2.0 | 1995 – 2002 | 4 cyl. 1,8 / 2,0 L | 150 ch | Roadster / Coupé | 1er BMW produit aux USA |
| BMW Z3 M | 1997 – 2002 | 6 cyl. S52 3,2 L | 321 ch | Roadster / Coupé | Moteur M3, 0-100 en 5,4 s |
| BMW Z4 E85 M | 2002 – 2008 | 6 cyl. S54 3,2 L | 343 ch | Roadster / Coupé | Meilleure version conduite |
| BMW Z4 E89 | 2009 – 2016 | 6 cyl. 3,0 L turbo | 306 ch | Roadster toit rigide | Premier toit rigide BMW |
| BMW Z4 G29 M40i | 2018 – actuel | 6 cyl. B58 3,0 L turbo | 340 ch | Roadster toit souple | Coplateformé Toyota GR Supra |
ROADSTER BMW ET PLAISIR DE CONDUIRE : UNE PHILOSOPHIE COHÉRENTE
Ce qui unit toutes les générations du roadster BMW au-delà de leurs différences stylistiques et techniques, c’est une philosophie de conduite cohérente qui place le plaisir du conducteur au centre de toutes les décisions de développement. Chaque BMW roadster a été conçu autour de la propulsion arrière, ce choix fondateur qui distingue les voitures de plaisir des voitures utilitaires et qui confère à la conduite une dimension dynamique et communicative incomparable. La répartition des masses, proche de 50/50 entre l’avant et l’arrière sur tous les modèles de la série Z, est la garantie d’un équilibre de conduite naturel et intuitif.
Cette philosophie se retrouve dans chaque détail de l’expérience de conduite : la précision de la direction, la progressivité du freinage, la qualité du retour d’information transmis au conducteur à travers le volant et le châssis, et ce sentiment d’unité entre l’homme et la machine qui est la marque de fabrique des meilleures voitures de sport. Les versions M, en particulier, portent ces qualités à leur niveau le plus abouti, avec des réglages de châssis, des pneus et des mécaniques qui transforment le roadster en instrument de précision capable de rivaliser avec les meilleures sportives de leur époque.
LE ROADSTER BMW SUR LE MARCHÉ DE L’OCCASION ET DE LA COLLECTION
Les roadsters BMW occupent une position très favorable sur le marché de l’occasion et de la collection, bénéficiant d’une cote de popularité et d’une disponibilité en pièces qui les rendent accessibles à un public varié. Le Z3 représente sans doute l’entrée la plus accessible dans l’univers du roadster BMW de collection, avec des exemplaires en bonne condition disponibles entre 8 000 et 20 000 euros pour les versions courantes et entre 25 000 et 45 000 euros pour les versions M Roadster en bon état d’origine.
Les Z4 de première génération connaissent une revalorisation progressive, notamment dans leurs versions M, dont les meilleurs exemplaires dépassent désormais les 30 000 euros. Les Z1, rares et techniquement fascinants, s’échangent entre 25 000 et 50 000 euros selon l’état et l’historique. Quant aux BMW 328 d’avant-guerre, leurs cotes atteignent des millions d’euros pour les rares exemplaires authentiques subsistants, témoignant de la valeur patrimoniale exceptionnelle de cette voiture fondatrice.
La fiabilité mécanique des roadsters BMW est globalement satisfaisante, à condition de respecter les intervalles d’entretien et de surveiller quelques points de faiblesse connus, notamment les refroidisseurs d’huile sur les moteurs de la génération E30 et E36, les joints de culasse sur certaines motorisations et l’état des capotes sur les modèles anciens. La disponibilité des pièces de rechange est bonne pour la plupart des modèles, BMW assurant un approvisionnement correct pour ses anciennes gammes et le marché secondaire proposant de nombreuses alternatives pour les pièces d’usure.
CONCLUSION
Le roadster BMW est bien plus qu’une simple catégorie de produit dans la gamme d’un constructeur automobile. C’est l’expression la plus directe et la plus pure d’une philosophie de conduite qui a fait la réputation mondiale de la firme bavaroise. Du roadster fondateur de 1936 à la Z4 contemporaine développée en partenariat avec Toyota, en passant par l’audacieux Z1 aux portes coulissantes, le Z3 rendu célèbre par James Bond et les différentes générations de Z4, chaque voiture a apporté sa contribution à une tradition d’excellence qui ne faiblit pas. Pour le passionné qui cherche une sportive alliant plaisir de conduite, fiabilité et accessibilité financière relative, le roadster BMW reste l’une des propositions les plus convaincantes du marché, hier comme aujourd’hui.
